mardi 12 février 2008

* LES FRANCHISES MÉDICALES

Une atteinte au principe de solidarité

Les franchises médicales sont dangereuses et inefficaces. En premier lieu, elles favorisent les inégalités sociales puisqu'elles risquent de retarder l'accès aux soins des personnes les plus modestes, aggravant du même coup un certain nombre des pathologies liées à ce retard.
À ce titre, il faut rappeler que la nouvelle franchise de 50 € (somme plafond par an et par assuré social), applicable depuis le 1er janvier dernier, s'ajoute à d'autres déjà existantes. Le forfait hospitalier, par exemple, d'un montant équivalent à 2 € lors de sa création en 1983, s'élève aujourd'hui à 18 €. En conséquence, le montant total moyen des franchises médicales acquittées par les assurés sociaux atteint presque 300 € par personne et par an. Ensuite, cette mesure est économiquement inefficace car plus l'entrée dans le système de soins est retardée, plus la prise en charge de la pathologie s'avère coûteuse. En définitive, l'instauration des franchises médicales n'obéit qu'à une logique de privatisation et de marchandisation du système de santé, selon un principe simple : lorsque l'on diminue les remboursements par la Sécurité sociale, on favorise le recours aux complémentaires santé et notamment aux compagnies d'assurance. C'est à dire que l'on substitue progressivement à un système basé sur la solidarité national dans lequel chacun cotise selon ses moyens, un système basé sur la sélection par le risque, où les jeunes et les personnes en bonne santé côtiseront moins que les vieux et les malades. Les mutuelles ne sont pas non plus exemptes de reproches : elles ont, dans leur majorité, accepté ces nouvelles règles en pensant faire jeu égal avec les compagnies d'assurance auprès desquelles elles se réassurent maintenant… les franchises médicales ne sont ici qu'une pièce d'un puzzle plus vaste dans lequel on pourrait bien faire figurer le sous-financement volontaire de l'hopital public. Il s'agit de choix de société : tout se passe comme si la socialisation des dépenses de santé, qui a fait consensus à gauche comme à droite depuis la création de la Sécurité sociale après-guerre, était aujourd'hui battue en b rèche par une nouvelle idéologie libérale qui fait à son tour consensus au sein des principales forces politiques. finalement, nous assistons depuis vingt-cinq ans à un démentelement progressif du programme du Conseil national de la résistance qui représentait, depuis la Libération, la base du système social français. Ce renversement idéologique ne concerne pas seulement la France, mais la majorité des pays développés.
Convergences (B. TEPPER, Président de l'Union des familles laïques).