mercredi 23 janvier 2008

* LES PAYS ÉMERGENTS AU MENU DE DAVOS

Mondialisation. Les global-leaders réunis aujourd’hui dans la station des Grisons, se penchent sur le nouveau pouvoir des géants du monde asiatique.

Suisse,

Correspondance particulière.

Le monde change et le Forum économique mondial de Davos (le FEM) tente de suivre. En l’occurrence, il s’essaie à prévoir la configuration à venir de la nouvelle « équation des pouvoirs émergents ». C’est du moins le thème de la réunion de cette année qui démarre aujourd’hui dans la station des Grisons où se retrouvent quelque deux milles global leaders dans le sabir WEF, ces « décideurs » mondiaux de l’économie, de la finance et de la politique. En ouverture, son directeur et fondateur, Klaus Schwab, reprenant à son compte le titre d’un best-seller du journaliste américain Thomas Friedmann, affirme que « le monde nouveau est plat » et qu’au sein de cette… platitude, de nouveaux centres de gravité, en termes de population, de pouvoirs et de création de richesses se surgissent, décalés vers l’Est, du côté de l’Inde et surtout de la Chine. Or, cette translation historique attise les convoitises partout.

Désormais, tous se ruent vers les eldorados de l’Est, ces géants émergents et leurs énormes marchés naissants représentant des centaines de millions de nouveaux travailleurs-consommateurs. Ce n’est donc pas par hasard que Davos et d’autres structures de la mondialisation ultralibérale s’engouffrent dans la brèche. Certes, le Chinois moyen reste toujours très pauvre (PIB par tête annuel de quelques centaines d’euros et encore moins pour l’Indien), mais le produit intérieur brut (PIB) chinois au total a dépassé celui de la France ou de la Grande-Bretagne

Depuis l’an passé déjà !

Prix de cette croissance exponentielle (près de 10 % par an), le poids croissant de ce pays gigantesque sur les marchés des produits de base (acier, etc.) et de l’énergie est déjà sensible. Pour illustrer l’importance prise par la Chine dans les échanges, le débat monétaire aux États-Unis est un bon exemple. Il ne porte plus sur l’euro ou le yen mais sur le yuan chinois, lequel serait sous-évalué selon les stratèges de Washington qui, soucieux de protéger leur marché national, dénoncent un « dumping monétaire ». Ceci, bien que la Chine soit devenue la plus grande acheteuse de titres de la dette publique américaine…

En somme, l’éveil de la Chine, et dans une moindre mesure de l’Inde, modifie la donne mondiale - sans oublier le climat. Car si cette croissance bien réelle a des retombées positives sur le développement, elle reste le produit d’un chaos capitaliste et s’opère au sein d’un mouvement de globalisation effrénée qui, avec son cortège de déréglementations, de délocalisations et de pressions sur les salaires et l’emploi, déconstruit à une vitesse inouïe le fragile équilibre des acquis sociaux engrangés de haute lutte en Europe. On en voit les conséquences au quotidien en France et ailleurs… Et Davos, quoi qu’en pense ses partisans (Blair, Merkel et les multiples adeptes français de la pensée unique néolibérale) n’est pas le forum adéquat pour concevoir d’éventuelles solutions à cette équation.

Ramine Abadie (Humanité 24/01/2008)

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