jeudi 24 janvier 2008

* LES SARKOPHOBES

(Nouvel Observateur 24 au 30 janvier)

Ca vous a pris il y a des mois, plusieurs semaines ou seulement quelques jours. Troubles visuels provoqués par une photo de Carla B. Fortes migraines sans doute dues à une inflammation des «racines chrétiennes». Cauchemars peuplés de dictateurs arabes jouant avec des centrales nucléaires françaises. Et, dans les phases les plus aiguës, crises de nerfs déclenchées par le retour d'un refoulé désormais identifié : cadeau fiscal, 35 heures, pouvoir d'achat... Vous êtes probablement victime d'un début de sarkophobie !
Une épidémie ? Les thermomètres des instituts de sondage attestent des progrès de la contagion. A gauche bien sûr : les urticaires géants de la campagne électorale, un temps masqués par la victoire et l'Etat de grâce, resurgissent, virulents. Mais à droite aussi des allergies se déclarent : députés troublés par le bling-bling et le toc, moralistes déboussolés, libéraux frustrés. La démangeaison se répand dans l'ensemble du corps social. Des chômeurs menacés de sanctions aux magistrats délocalisés en passant par les détenteurs de livret A ou les salariés de l'audiovisuel public. Est-ce grave, docteur ? Les uns se soignent par l'action et l'engagement, les autres par le rire ou par le sarcasme. Et si la sarkophobie n'était plus seulement, comme le diagnostiquaient les thuriféraires du président, la maladie infantile de gauchistes névrosés, d'idéologues hystériques, de socialistes maniaco-dépressifs et en panne de propositions ? Mais plutôt le syndrome d'un grand malentendu entre la majorité des Français et l'«homme nouveau» qu'ils ont porté au pouvoir. Ils ont adoré celui qui leur promettait la rupture, ils risquent de détester celui qui leur avouera son impuissance. Une détestation qui serait alors à la mesure du culte que Nicolas Sarkozy a organisé. Avec son cortège d'accusations nauséabondes ou xénophobes, de bassesses ou d'insultes. Les adorateurs du chef de l'Etat brandissent déjà l'argument à la moindre critique, voyant derrière chaque débat une mise au pilori, faisant semblant de croire que la sarkophobie n'est qu'une haine ad hominem alors qu'il s'agit de plus en plus du rejet d'un style et d'une politique.

Marie-France Etchegoin, Sylvain Courage
Le Nouvel Observateur

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